Droit opposable au logement : on attends toujours...

Publié le par Le Veilleur

Veillée d’armes chez les Enfants de Don Quichotte. «Le temps de l’acte 2 est venu», annoncent-ils sur leur site internet, l’outil qui leur a servi à préparer leur «journée de mobilisation nationale», aujourd’hui. Comme pour l’acte 1, l’idée est à nouveau de monter des villages de tentes un peu partout en France «des grands campements solidaires». A Paris, un rendez-vous est fixé en début de soirée place de la Concorde. Mais c’est un simple lieu de retrouvailles. L’endroit pressenti pour planter les tentes demeure un secret bien gardé. «On va être attendus par les CRS. C’est donc compliqué de communiquer sur l’emplacement exact parce que les RG ne sont pas cons. Ils sont à l’affût pour nous empêcher d’agir», a expliqué Augustin Legrand, le porte-voix de l’association, à des volontaires parisiens lors de plusieurs rencontres organisées tout au long de cette semaine, dans un café proche du canal Saint-Martin (Paris Xe), le site emblématique de l’association depuis l’opération de 2006.


Dans ces réunions les militants ont beaucoup discuté de la conduite à observer en cas d’intervention des forces de l’ordre pour empêcher l’installation du campement. «Il faut s’asseoir par terre et se tenir les uns les uns les autres par les coudes en rangs serrés, en faisant la tortue», proposait ainsi, dimanche soir, une jeune femme.«Si les flics nous dégagent, il ne faut pas se disperser et rentrer chez soi. Il faut rester à proximité et revenir une heure après, deux heures après, trois heures après pour essayer encore et encore de s’installer», suggère un autre.


Dérisoire


Au-delà des mots, des trucs et des astuces, on perçoit tout de même une atmosphère teintée de découragement. Hier, près de 200 personnes s’étaient inscrites dans la capitale. C’est assez pour monter un campement, mais le chiffre est dérisoire en termes d’«adhésion citoyenne». D’autant que l’association a fait de la mobilisation des «bien-logés» l’arme principale pour arracher aux pouvoirs publics des mesures en faveur des SDF. La philosophie donquichottesque consiste en effet à «se mettre soi-même socialement en danger» pour donner un coup de projecteur sur le sort des plus défavorisés. Dans les autres départements, les inscrits sont encore moins nombreux : une cinquantaine dans le Vaucluse, et moins d’une vingtaine de personnes se sont déclarées sur le site Internet pour organiser des campements du côté de Toulouse, Lyon, Lille, Caen, Montpellier, Marseille ou Grenoble. Enfin, dans certains territoires, les volontaires se comptent sur les doigts d’une main.


«C’est triste, toute l’énergie que l’on peut mettre dans ce combat contre la précarité, sans que l’on constate d’avancées»,

a confessé lors de sa réunion avec un groupe de volontaires Augustin Legrand. Pas de progrès «tant du côté des politiques publiques, que du côté de la société civile qui s’y perd dans les mesures techniques annoncées par le gouvernement, ou des médias, qui ne s’intéressent aux SDF que lorsqu’il fait froid, alors qu’ils meurent d’épuisement dans la rue tout au long de l’année». Ce sentiment de lassitude découle d’autres constats de terrain. «On a fait un tour de France. On est populaires, on est bien accueillis, mais ça ne prend pas», a avoué lors de la réunion le leader des Don Quichotte. Du 15 mars à début mai, il a parcouru l’Hexagone à la rencontre des acteurs locaux engagés dans la lutte contre l’exclusion. Ce périple les a conduits dans «la plupart des poches du mal-logement» du pays. Lors de cette tournée, des campements ont été installés, parfois à titre symbolique.

Mais là, on constate un semi-échec. «Seules des personnes en difficulté, celles qui ont vraiment des problèmes d’hébergement sont venues. On n’arrive pas à mobiliser la société civile».


«Insensé».



Du coup, la stratégie de l’association, qui consiste à occuper l’espace public avec le soutien des bien-logés se trouve compromise. «Les tentes, c’est pour rendre visible l’invisible, donner un coup de projecteur sur le sort des sans-abris», souligne Augustin Legrand. Ce qu’il avait parfaitement réussi en décembre 2006 canal Saint-Martin, obligeant Jacques Chirac à annoncer une loi sur le droit le droit au logement opposable (Dalo), votée quelques semaines avant la fin de son quinquennat.


Trois ans plus tard, ce texte demeure très largement inappliqué, en raison de la pénurie de logements sociaux, spécialement en Ile-de-France et dans les grandes métropoles régionales. En ce qui concerne les SDF, plusieurs milliers de places de stabilisation ont été créées, mais elles débouchent difficilement sur des logements pérennes. Et l’hébergement d’urgence obéit toujours à des considérations saisonnières. Fin mars, de nombreuses places créées à la hâte pendant l’épisode de grand froid en décembre ont été fermées du jour au lendemain et des centaines de SDF ont été remis à la rue sans autre considération, en dépit des belles paroles de Christine Boutin. Au-delà des démunis, «les classes moyennes se saignent pour se loger, des étudiants tapinent pour payer leur loyer, des familles vivent à l’hôtel pendant des mois et des années à l’hôtel. Tout est insensé dans ce dossier», argumente Augustin Legrand. Mais «ça ne prend pas». Selon lui, aujourd’hui sera un jour décisif pour les Don Quichotte.

Source Liberation.fr

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