Hier soir, la Commission des affaires Culturelles du Sénat a adopté le
« projet de loi relatif à la protection pénale de la propriété littéraire et artistique sur internet ». La douzaine d’amendements présentés par le rapporteur, le sénateur UMP Michel
Thiollière, ont été votés. L’opposition n’a pas pris part au vote, ni déposé d’amendement.
La réforme constitutionnelle autorise les ministres à être présents pour défendre leur propre posture dans le cas où ils ont un avis
différent du rapporteur.« J’ai été extrêmement surprise car il y avait non seulement les deux ministres [Frédéric Mitterrand et Michèle Alliot-Marie ndlr], mais aussi quatre
de leurs collaborateurs, nous explique la sénatrice Verts Marie-Christine Blandin. Surtout le président de la Commission, Jacques Legendre, les a invités à s’exprimer tout
de suite. On a eu une leçon des choses avant même d’avoir commencé à travailler. » Surprise également de voir la garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie, invectiver des sénateurs en
Commission.
« La loi peut paraître complexe et elle l’est »
« Internet ne doit pas être un monde qui détruit le droit
Maintenant, venons-en aux amendements. L’ajout de l’article 335-7-1 permet de sanctionner le titulaire d’une ligne pour non
surveillance de sa connexion Internet par une une contravention de cinquième classe. Il peut également écoper d’une suspension de son accès Internet. « Dans ce cas, la durée
maximale de la suspension est d’un mois ». Ce qui était initialement prévu sous forme de décret a donc finalement été intégré à la loi.
C’est l’un des points d’inconstitutionnalité soulevés par le Conseil d’Etat la semaine dernière. Selon ce dernier, le fait de pouvoir
sanctionner un abonné d’une peine complémentaire pour manquement de surveillance de sa connexion Internet risque, à nouveau, de porter atteinte à la présomption d’innocence, rapportait la Tribune qui s’est procuré les conclusions du Conseil d’Etat. Une version de l’avis contestée par le ministère de la Culture, qui refuse toutefois à rendre ce dernier
public.
« Internet ne doit pas être un monde qui détruit le droit »
Il est toujours prévu que l’internaute continue à payer le prix de l’abonnement à son fournisseur d’accès Internet (FAI) ainsi que les
« frais d’une éventuelle résiliation de l’abonnement au cours de la période de suspension ». Par contre, désormais, si la personne condamnée à la peine
complémentaire ne respecte pas l’interdiction de souscrire un autre contrat d’abonnement à un autre FAI pendant la durée de la suspension, l’amende sera de 3 750 euros.
Lorsque la décision est exécutoire, la peine sera rapportée à la Haute autorité, qui la notifiera à son tour au FAI de l’abonné. Le
fournisseur d’accès Internet aura alors un délai de quinze jours pour mettre en œuvre la suspension. Sinon il risque une amende maximale de 5 000 euros. L’article 1er quater précise que le
FAI devra informer la Commission de protection des droits de la date à laquelle elle a débuté la suspension. La commission procèdera alors « à l’effacement des données à
caractère personnel relatives à l’abonné à l’issue de la période de suspension ».
Aussi, il est indiqué « les dispositions du 3° de l’article 777 du code de procédure pénale ne sont pas
applicables à la peine complémentaire prévue par le présent article ». C’est-à-dire, comme on l’annonçait hier, que l’inscription au casier judiciaire ne sera pas systématique. Ainsi la
peine complémentaire (article 335-7) de suspension de l’accès Internet ne figurera pas au casier judiciaire de l’accusé.
Depuis la réforme constitutionnelle, c’est ce texte amendé, et non celui du gouvernement, qui sera présenté et débattu en séance
publique les 8 et 9 juillet prochains au Sénat. « Cela aura mérité le regard de la Commission des Lois, regrette Marie-Christine Blandin.Elle aurait
sûrement été étonnée des contenus du projet de loi ».
Source Ecran.fr
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