Un emprunt national, oui... mais pour quoi faire ?

Publié le par Le Veilleur

Lancer un grand emprunt d’Etat pour faire face à la crise et doper l’économie ? « C’est absurde, l’Etat n’a pas de problèmes de liquidités. » C’était à la mi-octobre 2008. Devant quelques ministres triés sur le volet, Nicolas Sarkozy rejetait d’une phrase la folle idée de l’un de ses proches qui suggérait de recourir à l’épargne des Français pour financer un plan de relance. Et il enfonçait le clou : « vider les sicav des Français » allait « déstabiliser le système bancaire » . A l’époque, celui qui avait lancé cette idée, Bernard Accoyer , était rentré dans sa coquille. Sous les lazzi des ministres, il avait dû se faire tout petit. La roue tourne... Huit mois plus tard, le président de l’Assemblée nationale a le triomphe modeste. Tous les ministres sont à l’unisson : lancer un grand emprunt national, en voilà une chouette de bonne idée ! L’artisan de ce revirement s’appelle Henri Guaino. Cela fait trois mois que le conseiller élyséen plaide pour un grand emprunt national consacré aux seules dépenses d’investissement. Et tente de clouer le bec aux pères la ri-gueur du gouvernement, parmi lesquels François Fillon et Eric Woerth, au Budget. Il a réussi : Nicolas Sarkozy s’est laissé séduire par ses arguments. Et tant pis si le déficit budgétaire dépasse déjà 7 % du PIB et la dette publique 68 % du PIB, soit plus de 1 300 milliards d’euros (+ 15 milliards pour la seule année 2008) ! En clair : peu importe les déficits de l’Etat, il faut aller de l’avant. Et, pour y parvenir, Nicolas Sarkozy renoue avec la tradition. Celle d’un Etat qui s’est souvent tourné vers les Français pour l’aider à traverser une mauvaise passe. Quitte à faire une mauvaise affaire, comme ce fut le cas avec l’emprunt Balladur, qui, entre les manques à gagner pour le fisc et les commissions versées aux banques qui le commercialisaient, a en fin de compte coûté très cher aux caisses de l’Etat...


Les modalités de cet emprunt Sarkozy ne sont pas encore définitivement arrêtées. Les partisans de l’appel à l’épargne publique ont plusieurs arguments. Les experts de Bercy s’inquiètent de l’importante décollecte du livret A depuis quelques mois et ne souhaitent pas que cette manne, dont l’Etat profitait jusque-là largement, s’envole vers d’autres cieux... Inconvénient : il faut offrir un placement attrayant. Et sans doute équivalent à celui que vient de proposer EDF (4,5 % de rendement offert). Ce qui est cher payé par rapport à l’offre des marchés financiers, qui, en ces temps incertains, recherchent la signature de l’Etat français. La France n’a en effet aucun mal à placer ses obligations assimilables du Trésor (OAT) sur les marchés, comme ces derniers jours, où Bercy a émis pour 4 milliards d’euros d’emprunt (rémunéré à 3,79 % à dix ans). Le dilemme est embarrassant : faire appels aux marchés financiers, c’est, certes, se procurer de l’argent moins cher, mais payer des intérêts à des spéculateurs lointains. Faire appel aux Français, c’est plus cher. Mais les intérêts versés restent « à la maison »...


Ce débat, technique, c’est Nicolas Sarkozy qui le tranchera. Ce n’est pas tout. Car l’utilisation de l’emprunt reste elle aussi une énigme et dans ce domaine le catalogue des possibilités semble sans limites. Les parlementaires, les partenaires sociaux, les milieux culturels, les acteurs économiques et l’ensemble des « forces vives » de la nation vont avoir trois mois pour trouver des projets « stratégiques ».


Carte blanche



Certains voudront réindustrialiser le pays, d’autres soutenir la jeunesse et les chômeurs. Reconstruire les universités, les lycées et la recherche. Ou bien encore « doper » le Grand Paris... Une carte blanche, en somme, qui devrait réveiller la créativité des lobbys en tout genre. Seule restriction : que cet argent ne serve pas à combler les fins de mois de l’Etat. Dans la tête de Sarkozy, il ne s’agit en effet pas d’ajouter une couche de déficit aux autres, les mauvais, « ceux qui financent les mauvaises dépenses, les gaspillages, l’excès de bureaucratie » , en clair le déficit budgétaire, contre lequel il veut continuer à lutter. Ce nouvel emprunt devra, dit-il, servir une ambition : « penser à la croissance de demain » en mettant tous les moyens nécessaires. Les mauvaises langues de l’opposition n’ont pas mis longtemps à regarder leurs agendas. En lançant ces grands projets stratégiques fin 2009, ceux-ci verront le jour en 2011 et en... 2012, année électorale !


Quelques questions sont sans réponse. Nicolas Sarkozy ne veut pas de hausse des impôts ni de politique de rigueur ( « elle a toujours échoué », dit-il). Ni pendant ni après la crise... Il met ainsi fin à un dogme : celui du rêve d’un retour à l’équilibre budgétaire que tous les gouvernements affichent depuis le début des années 90. Sans y parvenir (et souvent sans faire grand-chose pour cela). Sans préciser qu’il faudra pourtant, un jour, que les Français remboursent cette dette. Autre problème : avec cet emprunt, Nicolas Sarkozy s’affranchit unilatéralement des engagements européens de la France. Et notamment des fameux critères de Maastricht. Certes, ceux-ci sont actuellement entre parenthèses pour cause de crise économique, mais ce n’est que ponctuel. Et le nouvel emprunt Sarkozy va alourdir d’autant la dette publique. Or, contrairement à Nicolas Sarkozy, les partenaires de la France au sein de l’eurozone et les responsables de la Banque centrale européenne ne font, eux, aucune différence entre les « bons » et les « mauvais » déficits. Reste un problème de fond, souligné en 2005 par le rapport Pébereau sur la dette publique, dont Nicolas Sarkozy a longtemps vanté les mérites. Non content de préciser que les intérêts annuels de la dette publique (une quarantaine de milliards en 2005) étaient équivalents au budget de l’éducation nationale et que cette situation plombait la compétitivité de la France, Pébereau soulignait aussi que, lorsque l’Etat réalisait des investissements en s’endettant, il surestimait systématiquement la rentabilité future de ses investissements. En cause ? « La facilité du recours à l’endettement », disait le rapport.

Source LePoint.fr

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David CABAS 01/07/2009 03:26

Ni dettes, Ni emprunts, La France doit créer de l’argent!La population doit oser rompre le tabou autour de la création monétaire aujourd’hui au seul de la finance international et sans aucun contrôle.Nous devons exiger une commission parlementaire pour mettre à jour les actions crapuleuse de la finance en prenant l’exemple de la commission Pécora de 1933 sous Roosevelt.Puis nous devons exiger un nouvelle organe de création monétaire, une banque de la France, afin d’émettre un crédit productif public.Le Saviez vous?Jusqu’au 3 janvier 1973, jusqu’à la loi Giscard Pompidou, la France pouvait créer de l’argent afin de financer de grands travaux. Aujourd’hui, nous sommes soumis au crédit sur des marchés financiers… La France est volé!David C.david.cabas.over-blog.fr