La Cour des comptes s'inquiète du risque d'emballement de la dette

Publié le par Le Veilleur

La France s'approche d'"une zone très dangereuse" du fait de la dégradation sans précédent de ses comptes publics, a observé, mardi 23 juin, le premier président de la Cour des comptes. Philippe Séguin présentait le rapport annuel de la Cour sur la situation et les perspectives des finances publiques, préalable au débat d'orientation budgétaire du 30 juin.

A circonstances exceptionnelles, il peut y avoir "des réponses exceptionnelles" qui entraînent une augmentation du déficit et de la dette, a estimé M. Séguin à propos de l'emprunt Sarkozy. Mais, a-t-il ajouté, ces réponses doivent être "circonscrites, provisoires et directement liées à la crise" et elles ne dispensent pas d'un effort continu de maîtrise de la dépense.


"CLIMAT PROPICE À UN RELÂCHEMENT DE L'EFFORT"


Le premier président a dit craindre que la crise ne crée "un climat propice à un relâchement de l'effort" et juge indispensable de lutter "de front" contre le déficit de crise et le déficit structurel (celui, a-t-il dit, qui est corrigé des variations conjoncturelles).


La dégradation des comptes publics expose la France, selon la Cour, à quatre risques : "Un risque économique" sous la forme d'une remontée du taux d'épargne des ménages, préjudiciable à la consommation et à la croissance ; le risque de "l'appauvrissement de l'Etat" et son corollaire pour les citoyens (moins de services et moins de protection sociale) ; celui d'"un emballement de la dette" et, partant, d'une possible "remise en question de la crédibilité de la signature de la France".

"A répéter que les caisses sont vides, il ne faudrait pas accréditer l'idée – paradoxale – qu'elles sont inépuisables", a relevé M. Séguin taclant au passage, sans le nommer, le premier ministre François Fillon, dont il a été le mentor en politique.

"Il n'y aura peut-être pas de faillite [de l'Etat] mais il semble qu'on néglige les conséquences concrètes et inévitables de la dérive des finances publiques sur la vie quotidienne des Français. Car plus on attend, plus il faudra payer", a-t-il assuré.
70 MILLIARDS D'EUROS D'ÉCONOMIES


En 2008, la dette publique a augmenté de 118 milliards d'euros et atteint 1 327 milliards, soit 47 400 euros par actif. Sur cette dette, a précisé M. Séguin, la France doit payer "des intérêts colossaux" : plus de 54 milliards, c'est-à-dire plus que le produit de l'impôt sur le revenu et plus de 2 000 euros par an et par personne ayant un emploi.

"On a atteint un tel niveau de déficit structurel et d'endettement, qu'une faible aggravation du déficit (liée par exemple, aux dépenses de vieillissement) pourrait provoquer un emballement exponentiel de la dette", a indiqué M. Séguin.

Face à cette situation, il n'y a pas d'autres voies, selon lui, que "la réduction des dépenses et/ou l'augmentation des prélèvements obligatoires (en commençant par la réduction des niches sociales et fiscales)". La Cour évalue à quelque 70 milliards d'euros les économies nécessaires pour ramener les finances publiques à l'équilibre.


Pour M. Séguin, qui juge "trompeuse" l'idée que "la France s'en tirerait mieux" que ses voisins, "les lendemains risquent d'y être pire qu'ailleurs". La France, note-t-il, a un déficit structurel élevé, elle est le quatrième Etat le plus endetté de la zone euro et ses dépenses publiques (plus de 52 % du PIB) sont supérieures de 9 points à celles de l'Allemagne.

Source LeMonde.fr

 

Commenter cet article