"Nicolas Sarkozy doit faciliter l'accès aux documents secret défense"

Publié le par Le Veilleur

Sandrine Leclerc, 34 ans, est porte-parole de sept familles de victimes de l'attentat de Karachi.


Les juges en charge du "dossier de Karachi" ont reçu les familles, le 18 juin, à Cherbourg. Comment s'est déroulée cette rencontre?


Elle a duré environ 2h30. Le juge d'instruction Trévidic a commencé par une synthèse du dossier. Un exposé clair, très pédagogique et sincère : c'est en tout cas le sentiment que nous avons eu. Puis sont venues les questions des familles, par l'intermédiaire de notre avocat Me Morice, puis d'autres plus spontanées. Nous attendons depuis sept ans la réponse aux questions que nous nous posons. Nous avançons. La piste Al Qaeda apparaît aujourd'hui très peu crédible. L'attentat pourrait avoir été commandité par des militaires pakistanais.


Pour étayer cette thèse, la justice dispose désormais d'une nouvelle pièce : un rapport, baptisé Nautilus, écrit par l'un des consultants de la DCN et saisi incidemment lors d'une perquisition...


C'est une pièce essentielle, qui est malheureusement restée dans les tiroirs de la DCN pendant six ans. Les premiers éléments de ce rapport ont été rédigés immédiatement après l'attentat, puis enrichis dans les mois qui ont suivi. La DCN l'a reçu au plus tard en novembre 2002. Mais jamais ses dirigeants n'ont jugé utile de transmettre ces informations aux magistrats. N'est-ce pas de l'obstruction à la justice ? Si on l'a conservée sous le coude, c'est que cette note démontre l'existence de rétro commissions pour l'obtention du marché des sous-marins.


Il ne s'agit encore que d'une piste. Interrogé sur le sujet, le président de la République a répondu que le mobile avancé dans le rapport -celui d'un rapport de force entre Etats - relevait d'une "fable". Qu'en pensez-vous?


Nous sommes très agacés. On vit cela comme du mépris. D'ailleurs, Nicolas Sarkozy a refusé récemment de nous recevoir. Il ne veut pas, dit-il, interférer sur l'instruction. En commentant les conclusions d'une enquête qui débute à peine, il est incohérent. S'il veut, comme il le dit, respecter la douleur des familles, le président de la République doit donner aux magistrats les moyens humains pour avancer. Et leur faciliter l'accès aux documents « secret défense » nécessaires aux investigations.


Dans quel état d'esprit vous trouvez-vous aujourd'hui ?

La douleur est toujours présente. Mais nous sommes plus déterminés que jamais. Nous avons l'impression d'être enfin sur la bonne piste.

Source LExpress.fr

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