Nicolas Sarkozy "refuse l'embourgeoisement"

Publié le par Le Veilleur

Conseillère du président, l'ex-journaliste Catherine Pégard décrypte le rapport de Nicolas Sarkozy avec le monde de la culture.

Quand Nicolas Sarkozy a-t-il compris qu'il était aussi le successeur de François Ier, protecteur des arts et des lettres ?


C'est vrai qu'en arrivant à l'Elysée, comme ses prédécesseurs -je pense notamment à Jacques Chirac -, il n'avait pas forcément conscience de ce lien particulier inscrit dans la tradition monarchique et républicaine. Les gens de culture pensent que le chef de l'Etat doit être l'interlocuteur privilégié du monde de la création. Ils le lui ont dit. Cela l'oblige : cette reconnaissance singulière est la base de la relation qui se tisse entre eux. Sans bruit.

Entre Nicolas Sarkozy et la culture, on a pourtant eu l'impression d'une succession de malentendus - que symbolise la fameuse polémique sur La Princesse de Clèves.

L'exemple même du faux procès ! D'une saillie, on a voulu déduire, en toute mauvaise foi, une désinvolture envers la culture...


Dans le passé, Nicolas Sarkozy s'est souvent moqué des intellectuels "qui prennent leur café-crème au Flore"...

D'une manière générale, il y avait une méconnaissance réciproque et une prévention mutuelle. Donc, un grand malentendu. Les artistes, les créateurs, les intellectuels n'avaient pas fait l'effort d'aller au-delà de la caricature de la droite en général, et de Nicolas Sarkozy en particulier. Pendant longtemps, on a considéré que les gens de ce camp-là ne s'intéressaient pas à la culture. D'ailleurs, eux non plus ne faisaient pas d'efforts : "Les artistes sont contre nous", disaient-ils. Nicolas Sarkozy ne se reconnaît pas dans ces postures. Il a montré ces derniers mois qu'il avait sa vision de la culture française. Avec le Grand Paris, la valorisation des émissions culturelles à la télévision grâce à la réforme de l'audiovisuel public, la mise en place du conseil de création artistique, le développement de l'enseignement artistique, c'est une refondation de la politique culturelle qu'il dessine. Il le fait avec pragmatisme. Son objectif est de permettre l'accès de tous à la culture, dans la société telle qu'elle est aujourd'hui, plus que d'attacher son nom à un monument. Il veut faire des choses utiles, concrètes. Les artistes ont découvert que son intérêt était sincère. Je crois que l'on assiste à un moment, invisible peut-être, mais très important du quinquennat. La marque que laissera dans l'Histoire Nicolas Sarkozy portera aussi l'empreinte de son projet culturel. Le président a donné des preuves et pas seulement en s'engageant pour la défense des droits d'auteur. Il y a six mois, certains intellectuels, certains comédiens me confiaient qu'ils n'avaient pas envie de rencontrer le chef de l'Etat. Ils ne le disent plus aujourd'hui.


L'image de Pompidou reste associée à la poésie et à l'art contemporain, celle de Mitterrand aux écrivains classiques et provinciaux, celle de Chirac aux arts premiers. Quelle est l'inclination culturelle de Nicolas Sarkozy ?


Dans sa fonction, il a manifesté avec beaucoup de passion son intérêt pour l'architecture. Parce que c'est l'art le plus proche de la vie quotidienne. Les présidents de la République - sauf peut-être Pompidou, qui manifestait à la culture sa familiarité de professeur agrégé - n'ont mis en avant que progressivement leurs goûts. Souvenez-vous de Jacques Chirac, qui préférait passer pour un imbécile plutôt que d'avouer sa connaissance érudite des arts premiers !


Nicolas Sarkozy a-t-il un jardin secret ?


La curiosité médiatique de l'époque ne favorise pas cette notion ! Du temps de François Mitterrand, on se moquait de savoir le titre du dernier livre qu'avait lu le président. Aujourd'hui, on a du mal à admettre que les goûts d'un chef d'Etat puissent relever de l'intime. Et puis, je vous le concède, Nicolas Sarkozy n'est pas homme à cultiver un jardin secret. Chez lui, tout a de l'influence sur tout.


Hier, il faisait l'éloge de Marc Levy, aujourd'hui, il lit Zola. Comment définiriez-vous le cheminement personnel du président ?


J'ai découvert, depuis que je travaille avec lui, qu'il connaissait certains artistes depuis longtemps alors que je ne m'en étais jamais doutée. Mais son rapport à la culture et à ses acteurs n'est ni conventionnel ni convenu. Il déteste la cuistrerie. Quand on lui propose, dans une trame de discours, des citations trop pédantes, il les rejette. Il a une modestie devant la culture, que les gens ressentent. Il ne fait pas la leçon. Ensuite, il est là comme il est ailleurs : quand il lit Maupassant, il lit tout Maupassant ! Puis, il défend son avis sur cette oeuvre.


Quel domaine lui reste étranger ?


Comme Jacques Chirac ou François Mitterrand, il n'est pas un fan d'opéra.


A quelles rencontres marquantes avez-vous assisté ?


Je me souviens du moment où il a parlé de politique avec Louise Bourgeois, ou du déjeuner au cours duquel il a parlé à Catherine Camus, très émue, de l'oeuvre de son père. Du jour où il a vivement débattu avec Pierre Nora de la transmission de l'Histoire. Mais, quand il a reçu des directeurs de théâtre, il a discuté avec eux de l'organisation d'une troupe... C'est son implication qui, je crois, étonne. Il le disait récemment à un architecte : pour lui, "les rêves ne doivent pas rester des rêves". Ses interlocuteurs comprennent aussi que, comme eux, il aime la mise en danger, le risque. Si j'osais, je dirais que, comme eux, il refuse l'embourgeoisement.

Source LExpress.fr


Bah tiens...

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