Un sondage sur Sarkozy et l'Europe accusé de partialité

Publié le par Le Veilleur

Le 30 mai, Le Figaro titrait, en se basant sur une enquête de l'institut OpinionWay : "Une majorité d'Européens ont une bonne opinion de Sarkozy". Or, les choses n'étaient peut-être pas aussi tranchées que ça.

La publication par Le Figaro d'un sondage sur l'image de Nicolas Sarkozy auprès des Européens est actuellement cible de critiques visant à la fois sa méthodologie et sa partialité.

Dans son édition du 30 mai, le quotidien publiait
un sondage d'OpinionWay sur l'image du président de la République française auprès des Européens en titrant : "Une majorité d'Européens ont une bonne opinion de Sarkozy". En page intérieure, le quotidien présentait un classement des images chez les sondés de cinq dirigeants européens. En tête, arrivait la chancelière allemande Angela Merkel (65% d'opinons positives), suivie de Nicolas Sarkozy (51%), du Britannique Gordon Brown (45%), de l'Espagnol José Luis Zapatero (45%) et de l'Italien Silvio Berlusconi (25%).

Quatre pays pour cinq dirigeants


Or, comme l'a souligné le Canard Enchaîné dans son édition du mercredi 3 juin, la fiche technique du sondage précise que cette enquête n'a été réalisée que dans quatre pays : l'Allemagne, la Grande-Bretagne, l'Espagne et l'Italie. Chaque ressortissant a donc été interrogé notamment sur son propre dirigeant, à l'exception des Français, qui, eux, n'ont pas été interrogés.

Or, au vue des récentes enquêtes, l'intégration de l'opinion des Français sur leur président aurait eu pour effet de faire chuter la côte de Nicolas Sarkozy.

Le professeur de sciences politiques et initiateur du site "
L'Observatoire des sondages", Alain Garrigou, reproche, en outre, à l'enquête d'OpinionWay de ne pas avoir respecté la règle de la représentativité des sondés.

"Les populations de ces pays ne sont pas les mêmes", écrit-il dans un texte intitulé
"Comment OpinionWay truque un sondage". "Si on effectuait les mêmes opérations de représentativité qui sont revendiquées par la fiche technique du sondage et qui prévalent en outre dans le nombre de sièges au parlement européen, il faudrait pondérer par la taille des populations." Selon Alain Garrigou, en pondérant les résultats en fonction de la taille des populations, on arrive ainsi au chiffre de 49,5% de bonnes opinions pour Nicolas Sarkozy et non plus 51%.
"Ce sondage est clairement truqué", affirme Alain Garrigou, interrogé par Nouvelobs.com. "Cette enquête est un défi à toutes les règles des sondages", estime-t-il, allant même jusqu'à accuser l'institut de partialité : "La proximité des dirigeants d'OpinionWay avec l'Elysée est connue. Il suffit de voir leurs principaux clients (TF1, LCI, Le Figaro) et les résultats de leurs sondages qui vont depuis longtemps dans le sens de l'Elysée. Ce n'est pas un hasard si leurs résultats sont aussi partisans. On a vraiment l'impression que c'est le dispositif médiatique de l'UMP pour 2012 qu'on est en train de préparer".

Sondages par internet


La méthode utilisée par OpinionWay pour réaliser ses enquêtes est également critiquée. L'institut utilise en effet internet pour mener ses sondages. Or, "selon une étude effectuée en 2006 par Esoma organisme européen regroupant les instituts de marketing et donc peu suspecte de critique excessive", affirme Alain Garrigou, "les sondages en ligne ne sont guère fiables puisque 57% des internautes admettent mentir".

Le Canard Enchaîné écrit, lui, que ce recours à internet a permis à OpinionWay de "casser les prix des sondages" et d'obtenir de nouveaux contrats au détriment de concurrents réalisant leurs enquêtes par téléphone, une méthode bien plus coûteuse. Selon l'hebdomadaire, OpinionWay, qu'il qualifie lui aussi d'institut "connu pour ses questions qui caressent Sarko dans le sens du poil", a ainsi obtenu, "à la surprise générale", d'être le partenaire de TF1 pour la soirée électorale des européennes le 7 juin, au détriment de son concurrent l'institut Sofres.

Des accusations rejetées par Bruno Jeanbart, directeur du pôle politique à OpinionWay. Concernant l'exclusion des Français du sondage, Bruno Jeanbart explique que l'institut a "déjà un baromètre de popularité du président". "L'idée était donc de faire autre chose. Pour nous, il n'était pas nécessaire d'interroger des ressortissants Français".

Sur la question de la représentativité des populations, le sondeur reconnaît qu'OpinionWay "aurait pu le faire" mais, selon lui, "cela n'aurait pas beaucoup modifié l'image globale".

Concernant la une du Figaro et l'utilisation faite par le quotidien de son enquête, Bruno Jeanbart refuse de se prononcer : "Notre travail est de réaliser des sondages. Après, il s'agit de la liberté de chaque journal. Ce qui est important c'est que le Figaro a publié sur son site l'intégralité du sondage et que toutes les informations nécessaires sont donc disponibles pour les lecteurs. Ce n'est pas à nous de juger ce qu'écrit un journal, mais chacun sait que, quand on fait un titre, on ne va pas faire un titre mou."

"Rumeurs" et "fantasmes"


Enfin, au sujet des accusations de partialité de l'institut lui-même, Bruno Jeanbart dénonce des "rumeurs" et des "fantasmes". "Ca ne repose absolument sur rien. Cela fait 20 ans que monsieur Garrigou est un anti-sondage, et cette enquête n'est pour lui qu'un prétexte de plus. Effectivement nous travaillons beaucoup avec le Figaro, principalement parce que nous avons mis en place avec eux un baromètre régulier, mais nous travaillons également avec beaucoup d'autres médias. Et de toutes manières ce n'est pas une tare de travailler avec le Figaro! Il suffit de regarder nos études : nos baromètres de popularités donnent à peu près les mêmes résultats que nos concurrents et bien souvent les résultats de nos enquêtes ne sont pas du tout à l'avantage de l'UMP."

Interrogé par Nouvelobs.com, la Commission des sondages affirme de son côté "qu'à ce jour, aucun sondage d'OpinionWay n'a nécessité de mise au point". La Commission précise toutefois que le sondage publié par Le Figaro n'a pas fait l'objet de contrôle car il s'agissait d'une côte de popularité et non d'un sondage électoral. Enfin, concernant l'utilisation d'internet, elle affirme que cette méthode ne pose pas de problème particulier et qu'elle n'a pas constaté "de biais assez massif pour disqualifier l'enquête en ligne".

Source NouvelObs.com

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Fred+de+Roux 06/06/2009 22:04

Bonsoir le Veilleur,Aurions-nous par un heureux hasard les mêmes lectures. Je connais cette histoire de sondage manipulateur et dénoncé en tant que tel. On n'est pas étonné que le journal commanditaire de ce sondage, étant fort partisan, ait titré comme il l'a fait. Car quoi, il faut bien faire le maximum pour convaindre les hésitants que leur candidat est le meilleur.