Sarkozy accusé de profiter de l'effet Obama pour les européennes

Publié le par Le Veilleur

S'afficher avec Barack Obama fausse-t-il la libre concurrence électorale? Après l'affaire du "clip" gouvernemental, les retrouvailles normandes de Nicolas Sarkozy et du président américain à la veille du scrutin européen ont relancé le procès en détournement politique intenté à l'Elysée.


Comme le concède bien volontiers son entourage, le chef de l'Etat français a fait de son tête-à-tête normand avec le très médiatique locataire de la Maison blanche un des rendez-vous prioritaires de son agenda.

Initialement coincée entre les sommets du G20 à Londres et de l'Otan à Strasbourg en avril, la visite de Barack Obama au cimetière américain de Colleville-sur-Mer (Calvados), figure imposée des nouveaux locataires de la Maison blanche, avait été reportée faute de temps.


La cérémonie a finalement été reprogrammée le 6 juin 2009, anniversaire du Débarquement... et veille de l'élection européenne du 7 juin. Un hasard du calendrier qui a alimenté les critiques des adversaires de l'UMP, qui y ont vu un "coup" politique.


"C'est formidable qu'Obama vienne (mais) c'est incroyable que Sarkozy le Grand veuille utiliser ça un jour avant les européennes", a raillé l'eurodéputé Vert Daniel Cohn-Bendit. "C'est une mise en scène pour que les élections du 7 juin apportent quelques voix de plus sur des thèmes qui sont censés mobiliser l'électorat de l'UMP", a renchéri le président du MoDem François Bayrou.


"L'antisarkozysme pavlovien fait dire beaucoup de bêtises", soupire en écho le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre. "Les Français sont parfaitement à même de faire la différence entre un scrutin et ce qui relève de l'activité normale d'un chef de l'Etat, c'est un mauvais procès".


Ce procès en mélange des genres a été intenté au chef de l'Etat dès son discours sur l'Europe à Nîmes début mai, que l'opposition avait vu comme le "lancement de la campagne" de l'UMP.


Les accusations ont ensuite prospéré avec la diffusion du "clip" télévisé du gouvernement pour le scrutin européen. Les images de Nicolas Sarkozy, au milieu de celles de ses prédécesseurs, en avaient fait, aux yeux du porte-parole du PS Benoît Hamon, un "spot UMP à la gloire du président".


Dès lors, l'insistance du chef de l'Etat à imposer à Barack Obama un rendez-vous à l'Elysée, confirmée de sources proches du gouvernement, n'a fait qu'alourdir le dossier. Même si leur rencontre aura finalement lieu à Caen et que la photo du 6 juin 2009 sera élargie aux Premiers ministres britannique Gordon Brown et canadien Stephen Harper et in extremis, après un imbroglio, au prince Charles.


Mais le soupçon subsiste. "La rencontre de samedi n'aura aucun impact sur le scrutin du lendemain", tranche le politologue Stéphane Rozès, "mais il est vrai que le style de présidence de Nicolas Sarkozy, qui a tendance à privilégier la fonction d'homme politique à celle d'incarnation de la France, le rend plus attaquable que ses prédécesseurs".


Dans l'entourage présidentiel, on reconnaît d'ailleurs à demi-mot que le calendrier a plutôt bien fait les choses. "C'est un beau coup", salue un ministre, "il y a une telle +Obamania+ à droite comme à gauche".


Quant au président, il a lui-même plaidé son innocence. "Les Américains, quand ils ont débarqué le 6 juin 1944, avaient sûrement prévu qu'ils me rendraient service", a-t-il ironisé la semaine dernière devant la presse en marge de sa visite à Abou Dhabi. Avant de concéder en souriant que la date de la visite américaine ne tombait pas forcément mal. "Après tout, quand on est en responsabilité, on a tellement de désavantages".

Source AFP

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