"On paye déjà la suppression de la publicité" sur France Télévisions

Publié le par Le Veilleur

France Télévisions vient de mettre la touche finale à son plan d'affaires pour la période 2009-2012. Ce plan, négocié avec l'Etat, a été présenté mardi 2 juin en conseil d'administration par le président du groupe audiovisuel, Patrick de Carolis. Objectif : un "retour à l'équilibre opérationnel en 2011 et à l'équilibre net en 2012", après les déficits de plus de 50 millions d'euros prévus en 2009 et 2010. Dans cette perspective, la direction a annoncé un plan d'économies passant par la mise en place d'un "dispositif de départs volontaires à la retraite", sans plan social, qui concernera "jusqu'à neuf cents personnes" d'ici à 2012. France Télévisions (France 2, France 3, France 4, France 5 et RFO) emploie onze mille personnes dont huit mille cinq cents en effectifs permanents (hors intermittents).


Jean-François Téaldi, porte-parole de la CGT à France Télévisions, estime que le groupe a été miné par l'annonce de la suppression de la publicité, signe, selon lui, de la volonté de Nicolas Sarkozy de "casser le service public audiovisuel".

Quels sont les postes qui pourraient disparaître ?


Pour le moment, nous ne le savons pas. A l'heure actuelle, nous n'avons que la confirmation de ce qu'avait évoqué Patrick de Carolis dès l'année dernière : un plan de départ anticipé pour les salariés de plus de 60 ans disposant de l'ensemble de leurs annuités.


A priori, les fonctions de support et administratives seront visées en premier. Techniciens et journalistes suivront.

Mais quel que soit le détail du plan, nous pensons que France Télévisions ne peut pas remplir ses missions, avec la qualité requise pour un service public, avec 10 % de ses effectifs en moins. Depuis plusieurs mois déjà, les journalistes travaillent à flux tendu. C'est par exemple le cas des journalistes reporteurs d'images (JRI) de France 3 qui, en région, font deux ou trois sujets par jour avec une caméra de 12 kg à l'épaule.


Pourquoi France Télévisions a-t-il besoin de réaliser des économies ? Quelles sont les difficultés du groupe ?


On connaît ces difficultés depuis le 8 janvier 2008 et l'annonce par Nicolas Sarkozy de la suppression de la publicité. Dès le lendemain, les agences de publicité ont commencé à se désengager et à se reporter sur les chaînes de la TNT. Jusque-là, les finances de France Télévisions étaient excellentes.


A l'époque, nous avions estimé que cette suppression était destinée à asphyxier l'audiovisuel et à casser le service public. Nous y arrivons aujourd'hui. Il nous manque beaucoup d'argent pour remplir nos missions et ce n'est pas l'éventuelle taxation des fournisseurs d'accès à Internet ou des chaînes privées qui va permettre à France Télévisions de faire son travail correctement.


Au cours de l'année 2009, la situation a empiré, avec des investissements dans les programmes en baisse. Et comme d'habitude, les salariés sont la variable d'ajustement. Rappelons-nous que le plan social à Radio France Internationale (RFI) touche deux cent six emplois emplois.


N'est-ce pas excessif de parler d'une "volonté délibérée de casser le service public" ?


Nicolas Sarkozy, en bon libéral, a décidé de s'attaquer à tous les services publics – en les asphyxiant ou en les conduisant à la privatisation. Regardez la situation à l'Agence France-Presse, à la SNCF ou à La Poste. Je ne vois pas pourquoi l'audiovisuel échapperait à cette vague libérale.


Ces départs volontaires semblent plus supportables que des licenciements secs...


Tant mieux si les salariés usés par le travail peuvent partir dans de bonnes conditions. Mais ça ne doit pas se faire au détriment des dix mille salariés restants, qui ne pourront plus faire leur travail et remplir leur mission de service public.


Que demandez-vous ?


Notre revendication est simple : nous voulons que chaque poste libéré soit remplacé. La direction doit notamment titulariser les salariés qui sont en CDD [contrat à durée déterminée] depuis des années. C'est une bonne occasion : cela fait des années que ces employés souffrent et sont exploités par France Télévisions. Nous nous battrons poste par poste. Si nous ne sommes pas entendus, nous appellerons à la mobilisation.


Source LeMonde.fr

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