Yvan Colonna porte plainte contre Sarkozy

Publié le par Le Veilleur

Reconnu coupable de l'assassinat du préfet de Corse Claude Erignac, à Ajaccio en 1998, et condamné à la prison à perpétuité par la cour d'assises spéciale d'appel, en mars, Yvan Colonna a de nouveau rendez-vous au Palais de Justice, mercredi. Mais cette fois, c'est lui qui attaque. Il intente en effet un procès à Nicolas Sarkozy, pour "atteinte à la présomption d'innocence"...

"La loi est mal faite, quand même", soupire Maître Garbarini, l'un des cinq avocats d'Yvan Colonna. "Personne ne peut poursuivre le président de la République devant un tribunal, mais le président, lui, peut poursuivre qui il veut". L'avocat le sait, la plainte que lui et ses confrères ont déposée contre le président de la République n'a que très peu de chances d'aboutir. L'affaire doit être jugée mercredi, par la 1ère chambre civile, au Palais de justice de Paris. Mais il ne fait aucun doute que le tribunal demandera un sursis à statuer en raison de l'immunité dont bénéficie le chef de l'Etat. Nicolas Sarkozy ne sera donc pas condamné, mais "ce n'est pas le plus important", tempère Maître Garbarini. "De toutes façons nous ne demandions qu'un euro symbolique", ajoute-t-il.

Le véritable enjeu de l'affaire est ailleurs. Ce que nous attendons", explique l'avocat du berger corse, "ce sont les 'motifs' qu'invoquera le tribunal dans sa décision de sursis à statuer (...) Un simple 'malgré l'atteinte à la présomption d'innocence, nous devons surseoir' nous irait très bien!", lance-t-il. Car même s'il ne peut juger l'affaire, le tribunal peut très bien préciser qu'il reconnaît au moins l'existence d'une atteinte à la présomption de l'innocence d'Yvan Colonna. Ce qui apporterait un poids considérable à l'argumentation que sont en train de bâtir ses avocats, qui n'en ont pas fini avec cette histoire. Redevenus les défenseurs du berger dès le lendemain de sa condamnation, ils entendent toujours porter l'affaire devant la Cour européenne des Droits de l'Homme, si la Cour de cassation refuse d'annuler le jugement de la cour d'assises spéciale d'appel.

Ce qu'a dit Sarkozy

Carpentras, le 4 juillet 2003. A deux jours d'un référendum important pour l'avenir institutionnel de la Corse, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy tient meeting. Sur le podium, un homme s'approche et lui glisse quelques mots à l'oreille. Le ministre relève la tête. Celui qui a fait de la sécurité son cheval de bataille -et qui tire habilement son épingle du jeu, quand le reste du gouvernement Raffarin se fait bousculer par un mouvement social d'ampleur- lance alors ces quelques mots, dont la fin aurait pu se perdre au milieu des clameurs qui montent de la foule ; "la police française vient d'arrêter Yvan Colonna, l'assassin du préfet Erignac".

Dans la moiteur de ce début de soirée, sous les hourras d'un public électrisé par cette victoire du chef de la police, Nicolas Sarkozy poursuit, la voix un peu tremblante d'émotion: "Je pense à cet instant à Mme Erignac -qui a tant souffert- à son fils et à sa fille. Et cette arrestation, je veux la leur dédier". A ce moment là, le ministre de l'Intérieur est fier et heureux. Il ne se doute pas que, six ans plus tard, ces mots seront retenus contre lui dans le cadre d'une procédure parallèle à un procès pour le moins retentissant...

Source LeJDD.fr

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