Visite dans les coulisses du dépôt du TGI de Paris

Publié le par Le Veilleur



 la suite d'un appel du bâtonnier Christian Charrière-Bournazel à certains députés, le socialiste André Vallini s'est rendu au dépôt du palais de justice de Paris, au 3 quai de l'Horloge dans le 1er arrondissement. Le député de l'Isère s'est donc présenté à l'improviste dans ces locaux avec pour passe-droit sa carte de député et en bandoulière un appareil photo. Résultat, des clichés, et le récit d'André Vallini qui dénonce des conditions difficiles de détention.

"Je me suis présenté à 10 heures devant le dépôt. Un sous-officier m'a accueilli et m'a expliqué comment ça se passe. Puis, le commandant de police en charge du centre est arrivé et m'a dit qu'il n'y avait pas de problème pour visiter les locaux. Il était obligé de prévenir la préfecture de police, mais la visite avait déjà commencé quand j'ai reçu l'autorisation. De toute façon, je voyais mal le préfet m'interdire de voir les locaux. Un député de la République a le droit de se rendre en tout lieu public, y compris ceux gérés par la police, la justice ou l'administration pénitentiaire.

Je suis toujours surpris de voir qu'en France on puisse avoir des locaux recevant du public - quel qu'il soit : mis en examen, en garde à vue, condamné ou pas - dans un tel état d'insalubrité. Cependant, je n'étais pas plus étonné que lorsque je visite une prison. Je suis habitué à leur état lamentable.

Ce qui m'a frappé, ce sont les deux salles d'avant-fouille, qui sont dans un état très vétuste et totalement insalubre. On y "stocke" jusqu'à quarante personnes le soir. Il y a trois bancs pour s'asseoir en travers de la pièce. Il y a un WC à la turque non cloisonné, ce qui fait qu'on doit faire ses besoins devant tout le monde. Et puis ça sent mauvais, c'est épouvantable. Les gens doivent attendre là avant d'être fouillés et mis en cellule. Ça prend un temps considérable parce qu'il manque de personnel. Il faut vingt minutes pour exécuter une fouille corporelle. Quand il y en a trente ou quarante...

Ensuite, il y a deux types de cellules, celles qui ont été rénovées et qui sont acceptables, à la limite. Et puis, il y a celles qui ne l'ont pas été. Elles ont un trou comme WC avec une chasse d'eau à actionner de l'extérieur. Il y a un robinet qui ne marche pas à tous les coups. Il n'y a pas de lit, simplement un matelas ignifugé très dur, qui a été installé depuis quinze jours en prévision de la visite de députés. Jusque-là, les types dormaient à même le béton ! Et sans couverture parce que les gardiens sont terrorisés par le risque de suicide, alors qu'il y a des caméras de surveillance dans chaque cellule. Il arrive qu'on entasse jusqu'à six personnes dans ces cellules sur des couchettes superposées espacées de seulement 40 centimètres.

Les cellules pour femmes sont un peu mieux loties puisqu'elles ont des couvertures et des draps. C'est une communauté religieuse qui s'occupe de ces cellules. Il y a aussi les "cellules VIP", mais qui ne sont pas du tout luxueuses. D'ailleurs, je ne demande pas de luxe, ni de confort, mais un standard minimal qui respecte la dignité de chaque être humain. La "cellule VIP", c'est un lit, un WC, un lavabo et une douche. C'est tout ce qu'il faut, sans plus. Ce type de cellule devrait être la cellule standard.

La promesse de Rachida Dati (de débloquer 1 million d'euros pour rénover les locaux) me paraît satisfaisante. J'espère que ces fonds vont être rapidement disponibles pour engager les travaux au plus vite. Et j'ai prévu d'y retourner à la fin de l'année, de nouveau à l'improviste, pour voir ce qui a été fait."

Source LePoint.fr

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