Rachida Dati: la bourde de trop!

Publié le par Le Veilleur

C'est la goutte qui a fait déborder le vase. Lors d'un déjeuner-débat où étaient présents des journalistes et le directeur de la publication du mensuel « Entreprendre », Robert Lafont, la garde des Sceaux, répondant à une réflexion de l'ancien ministre des Affaires étrangères, Roland Dumas, sur la grande réactivité des magistrats concernant la réforme de la carte judiciaire, a qualifié ces derniers de « très sournois » . Un mot de trop pour cette profession durement chahutée par les réformes Dati. «Les collègues se sont sentis insultés, nous dit Henry Ody, secrétaire national de l'Union syndicale des magistrats (USM). Elle se lâche sur sa conception des magistrats du parquet et ose ajouter, selon ce que rapporte « Entreprendre » : "Procureur n'est pas une profession libérale (...), le procureur est là pour exécuter les décisions du garde des Sceaux et si ce n'est pas le cas, il faut le changer »". A l'époque où il est question de remplacer le juge d'instruction par un parquet qui sera seul maître de l'enquête, il est grave de tenir de tels propos.»

 

Sournois les magistrats ?

La ministre a d'abord démenti l'avoir dit, puis elle s'est reprise et a expliqué que cette conversation se déroulait dans un cadre « informel ». Il n'empêche, le mal est fait ! L'USM réfléchit à porter plainte pour « insulte » ou « outrage ». » « On ne peut pas laisser passer ça, poursuit Henry Ody.
Pour prendre une décision, nous attendons de voir si elle s'entête où si elle accepte de reconnaître qu'elle s'est laissée emporter, et présente des excuses. Car en sabotant la magistrature, c'est l'Etat que l'on sabote. »


Cette bévue, à la veille de son départ de la Chancellerie pour représenter l'UMP aux élections européennes parfait une longue série d'attaques en règle d'une profession que Rachida Dati s'est très vite mis à dos. « Nous faire traiter de sournois est un dérapage évidemment insupportable, nous déclare Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat de la magistrature. Mais nous considérons plus dramatique la manière dont la politique pénale est appliquée. Avec un refus total de dialogue, un passage en force sur des questions constitutionnelles extrêmement importantes, des réformes qui s'enchaînent, des décisions qui n'e sont pas anticipées. Et lorsque nous manifestons notre désaccord, on s'entend dire que si les réformes ont du mal à passer, c'est parce que les personnels judiciaires refusent le changement. Les juridictions sont totalement en émoi. Les magistrats se sentent en insécurité. Le service public de la justice est bord de la rupture à la veille du remplacement de Rachida Dati par un garde des Sceaux qui s'en tiendra la à même ligne qu'elle. Il faut que cessent les atteintes à l'indépendance de la justice ! »


En avril dernier, Rachida Dati s'en était prise au procureur général de la ville de Riom. Dernier procureur nommé par la gauche, Marc Robert a eu le tord d'exprimer ses réserves sur la réforme de la carte judiciaire et sur la suppression du juge d'instruction. Alors, la ministre a décidé de le limoger en le mutant, en tant qu'avocat général, à la Cour de Cassation où se languit une pléthore de magistrats. Mais Marc Robert a refusé ce placard doré. Après avoir entendu l'intéressé, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), chargé de donner son avis sur les nominations a, pour l'instant, émis un avis défavorable. Mais comme le ministère de la Justice a coutume de revenir à la charge, il pourrait y avoir une deuxième délibération sur le cas Marc Robert. « Rachida Dati peut passer outre, comme elle l'a fait de manière systématique et notamment pour Philippe Courroye, nommé procureur de la République au tribunal de Nanterre, contre l'avis du CSM, dit encore Henry Ody. On a jamais vu un ministre se passer à ce point de l'avis du CSM. »


Puis, il y a eu la polémique avec Elisabeth Guigou, ancienne garde des Sceaux sous le gouvernement de Lionel Jospin. Cette dernière avait parlé de « catastrophe dans la catastrophe », à propos de la révélation de la présence dans la commission disciplinaire du CSM, lors de l'audition du juge Burgaud, d'un magistrat qui avait statué sur une demande de liberté d'un des acquittés d'Outreau. Que n'avait-elle pas dit ! Dans un communiqué à l'en-tête de la Chancellerie, envoyé fin avril sur l'intranet du ministère de la Justice, accessible aux personnels judiciaires, Rachida Dati avait fustigé la déclaration d'Elisabeth Guigou, en concluant : « Le droit des justiciables et des libertés individuelles auront plus progressé en deux ans (NDLR : depuis l'arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir) que sous l'ensemble des gouvernements socialistes ».

 

Et dans un deuxième communiqué publié mardi dernier, par le même biais, Rachida Dati enfonçait le clou : « L'arrogance d'Elisabeth Guigou est révélatrice de l'attitude hautaine de certains socialistes vis-à-vis des souffrances de nos concitoyens dans leur vie quotidienne ». Suivait une critique acerbe du bilan d'Elisabeth Guigou place Vendôme. Et cette conclusion : « Je laisse le soin aux Français de juger de la grandeur d'Elisabeth Guigou en tant que ministre de la justice ». Le jour même, les syndicats de magistrats avaient vivement réagi en se déclarant outrés que la garde des Sceaux s'autorise à utiliser le site administratif du ministère de la Justice, normalement réservé à des messages de service ou relatifs au fonctionnement de l'institution, pour s'en prendre à son adversaire politique.


Cette dernière en a aussitôt remis une couche mercredi, sur Europe1, en disant qu'à ses yeux, « Rachida Dati avait gâché toutes ses chances qui étaient grandes au départ. Par désinvolture, par un autoritarisme mal placé, par incompétence aussi ». Et Elisabeth Guigou d'ajouter, concernant le conflit des gardiens de prisons : « Ce qui est scandaleux dans les prisons, c'est l'inflation des détentions provisoires. Quand j'étais à la Chancellerie, entre 1998 et 2001, nous avons fait baisser le nombre de détenus de 55 284 à   47 682 ». Et enfin : « L'arrogance avec laquelle Rachida Dati répète ses mensonges témoigne de son mépris de l'Assemblée nationale et montre à quel point elle est à court d'arguments pour masquer ses échecs ». Une passe d'armes que devrait clore l'"exil" au Parlement européen de l'actuelle garde des Sceaux. Ces prises de becs n'étant pas très flatteuses pour l'image d'une justice déjà mal considérée par les Français ».

Source NouvelObs.com

Il serait peut etre temps de partir Rachida...

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Fred+de+Roux 16/05/2009 21:29

Quand on parvient presque tout en haut de l'échelle alors qu'on est parti de très bas, les dérapages sont inévitables. Elle n'est pas la seule dans ce cas (hélas !). Voilà pourquoi nous sommes si mal gouvernés : nous avons à faire à des revanchards arrivistes dont les chevilles enflent plus rapidement que celles du reste des mortels. On appelle cela "péter plus haut que le trou de son cul". Vulgaire, certes, mais tellement vrai !