Loi Hôpital: "Un ratage total"

Publié le par Le Veilleur

Les concessions annoncées par Nicolas Sarkozy sur la gouvernance des hôpitaux n'ont guère apaisé les inquiétudes du secteur hospitalier, qui s'apprête à manifester jeudi contre la réforme voulue par le gouvernement. Le Professeur Grimaldi, diabétologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, est l'un des 25 signataires de l'appel contre la loi Bachelot. Il fait le point pour leJDD.fr.

Le principe de la direction collégiale, accepté par le chef de l'Etat dans la foulée du rapport Marescaux, est insuffisant pour calmer l'opposition et les professionnels. Selon eux, les problèmes de financement et d'effectifs rencontrés dans les hôpitaux publics, ainsi que l'absence de véritable projet hospitalier ne sont pas abordés. Martine Aubry, après avoir reçu des élus socialistes dirigeant les conseils d'administration de CHU (Centres hospitaliers universitaires), a demandé la tenue d'un débat national sur les bases du rapport Marescaux et le retrait de la procédure d'urgence sur l'examen de la loi Bachelot.

"Nous avons un texte qui a changé à trois ou quatre reprises et avec aujourd'hui à peu près 60 amendements déposés par le gouvernement", a souligné le président du groupe socialiste au Sénat, Jean-Pierre Bel. Les élus socialistes pourraient être entendus, puisque le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, n'a pas exclu mercredi de renoncer à la procédure d'urgence en cas de profondes modifications au Sénat. A l'instar de nombre de ses collègues praticiens et de directeurs d'hôpitaux, le professeur Grimaldi attend davantage de Nicolas Sarkozy et de Roselyne Bachelot. Explications.

"Séparer le volet Hôpital"

Nicolas Sarkozy a repris le principe d'une direction collégiale associant le directeur aux médecins. Cet "équilibre" vous satisfait-il?

Sur la question de la gouvernance, le gouvernement et le président n'ont cessé de zigzaguer. Le discours de Nancy propose certes un équilibre, mais un équilibre qui existe actuellement! Quelle urgence y a-t-il à faire une telle loi pour arriver à cela? C'est bien de parler de gouvernance, mais pour quoi faire? Quel projet? Le seul but de la gouvernance proposée par la loi est de faire des réductions de coûts. Il y a un problème de financement, puisque 29 CHU sur 31 sont en déficit. Mais à côté de cela, la loi est totalement opaque sur le projet hospitalier. Seule la gestion comptable semble importer.

Nicolas Sarkozy a d'ailleurs présenté les directeurs comme les "responsables de la gestion" de l'hôpital.

Il a, en partie, gommé l'aspect le plus caricatural de la loi Bachelot - le directeur "patron"- ; la leçon est simple: quand il y a de la grogne, on lâche. Mais le plus inquiétant reste cette question des directeurs, qui peuvent désormais venir du privé et pas seulement de l'Ecole des hautes études en santé publique de Rennes, révocables à tout moment par le président de l'Agence régionale de santé, nommé par le conseil des ministres. Et la vraie question, celle de savoir quel hôpital on veut pour demain, n'est pas abordée. Or, si notre système hospitalier a été envié, aujourd'hui il est en danger. Cette loi est un ratage total.

La mobilisation reste donc intacte en vue de la manifestation de jeudi?

D'un côté, Roselyne Bachelot dit ‘j'embauche', et de l'autre, elle prévoit des suppressions des postes. C'est une stratégie de communication dangereuse. De même, lorsque nous avons manifesté de manière importante, historique pour l'hôpital (le 28 avril dernier, Ndlr), elle a dit: ‘Ce n'est rien'. Aujourd'hui, pour dépasser la contradiction de la loi Bachelot - centrée sur la gestion -, et le rapport Marescaux - qui insiste sur les soins, l'enseignement et la recherche-, le président a crée le "pôle hospitalier universitaire". Un mouton à cinq pattes, qui n'existe nulle part et ne peut pas exister. Il serait raisonnable de séparer le volet Hospitalier de la loi HPST et d'ouvrir une grande concertation sur le sujet d'ici à la fin de l'année. Nicolas Sarkozy doit rebondir et sortir par le haut. Votons ce qui fait consensus, et faisons une pause pour évaluer ce qui a été fait avant de décider du reste. Jeudi, nous serons au premier rang de la manifestation demain avec les directeurs et les personnels.

Source leJDD.fr

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