"Il y aura bien une réforme Bachelot sur l’hôpital"...

Publié le par Le Veilleur

Alerte épidémique sur la grippe A avec douze cas recensés en France, mais 1639 dénombrés aux Etats-Unis, vendredi 8 mai, contre 896 la veille ; polémique sur les antennes-relais, mobilisation du monde hospitalier contre la loi qui porte son nom : Roselyne Bachelot est sur tous les fronts.

Alors que le Sénat va entamer, mardi 12 mai, l'examen du projet de loi "Hôpital, patients, santé, territoire" toujours fortement contesté par la communauté hospitalière, la ministre de la santé et des sports l'assure : il y aura bien une réforme Bachelot, malgré les nombreux aménagements apportés au texte par la majorité.


La France ne recense à ce jour que douze cas de grippe A (H1N1). Le gouvernement n'en a-t-il pas trop fait en passant au stade 5 de l'alerte ?


On est toujours accusé d'en faire trop, ou pas assez. En réalité, nous nous sommes conformés à l'évaluation de la crise des autorités sanitaires internationales, lesquelles, au début de la crise, étaient alarmistes. Il ne faut pas tomber dans la lucidité a posteriori. Notre réponse a été proportionnée et fondée sur la volonté d'anticiper. Elle nous a permis d'évaluer la pertinence de nos dispositifs. Il nous faut rester très vigilants, car le virus, après une phase d'accalmie, peut revenir plus virulent à l'automne.

En tant que ministre de la santé, vous pouvez faire les plus belles réformes, si vous n'êtes pas capable d'appréhender une crise sanitaire, les Français ne vous le pardonnent pas.

Une autre peur a émergé, avec les antennes-relais de téléphonie mobile. Certains maires n'en font-ils pas trop quand ils interdisent le Wi-Fi dans les écoles ?

C'est de leur responsabilité, mais la force d'un élu local se mesure aussi à sa capacité à ne pas céder à la démagogie. Sur les antennes-relais, les informations dont je dispose confirment que le risque est bien plus faible que celui du téléphone portable. Baisser le seuil pourrait conduire à des contre-effets.

Je comprends que la rapidité du progrès technique suscite des peurs, mais il faut en revenir à la définition du principe de précaution, que j'ai fait inscrire dans la Constitution quand j'étais ministre de l'écologie et du développement durable. C'est un principe qui conduit à faire appel à l'expertise scientifique. C'est le contraire d'un appel à l'émotion.

Le 14 mai, les hospitaliers appellent à une nouvelle journée de grève et de manifestation contre votre réforme. N'avez-vous pas sous-estimé l'ampleur du mécontentement à l'hôpital ?


Sur ce dossier, la concertation a été conduite bien avant que la réforme soit présentée au Parlement. Ceux qui prétendent le contraire ont la mémoire courte. Cela dit, je suis consciente que l'hôpital a subi d'importants bouleversements ces dernières années. L'introduction de la tarification à l'activité et la création des pôles [regroupements de services] ont parfois mis à mal certains liens de pouvoir. Ce n'est pas pour rien que le mouvement a surtout été fort chez les médecins de l'Assistance publique-

Hôpitaux de Paris (AP-HP). Un certain nombre d'entre eux se sont sentis menacés, fragilisés. Le système a changé: un grand patron ne peut plus, aujourd'hui, venir négocier une rallonge budgétaire pour son service dans le bureau du ministre…


Dans ce contexte, n'était-ce pas risqué d'imposer le pouvoir du directeur contre celui de la communauté médicale ?


Mais renforcer le pouvoir du directeur ne se fait pas au détriment des médecins, bien au contraire ! La relation entre le directeur et le président de la commission médicale d'établissement a été renforcée et clarifiée par le texte. D'ailleurs, je constate que personne ne conteste réellement la place du directeur à l'hôpital. Son pouvoir est à l'aune de sa responsabilité, qui est forte.

Ceci étant, il me faut, sans dénaturer la loi, faire des gestes d'ouverture, cela est clair. Au Sénat, nous parviendrons à un accord sur la gouvernance hospitalière, qui est au cœur du débat. Quant au reste du projet de loi, la plupart des médecins, notamment les jeunes, en approuvent les grandes lignes, qui ont été directement inspirées de leurs attentes et contributions.

La majorité sénatoriale a réagi très vite au malaise des médecins. Après la contestation de la réforme universitaire, avez-vous craint une sorte de contagion ?

Les deux mouvements n'ont rien à voir. Il n'y avait pratiquement pas de jeunes médecins lors de la manifestation du 28avril. Je fais une réforme pour l'avenir, pour les jeunes. Aussi bien sur la médecine de ville que sur l'hôpital, j'ai mené une concertation constante avec les internes. Et je me suis refusée à tout ce qui pourrait ressembler à une mesure anti-jeunes que certains interlocuteurs avaient pourtant proposée dans le secret de mon bureau.

Si les internes n'étaient pas dans la rue, n'est-ce pas parce que vous avez cédé rapidement à leur revendication de ne pas légiférer sur les dépassements d'honoraires en cliniques ?
 

Je n'ai jamais été d'accord avec cette mesure qui a été votée par amendement, lors du débat à l'Assemblée nationale et qui n'aurait pas eu d'effet pour répondre au problème des dépassements d'honoraires. Je n'ai donc pas changé de position.
Les dépassements d'honoraires posent un vrai problème d'accès aux soins, mais la question doit se régler dans le cadre d'une discussion conventionnelle rénovée entre l'assurance-maladie et les médecins.

La commission des affaires sociales du Sénat vient de supprimer la seule mesure contraignante qui s'appliquait aux médecins afin de lutter contre les déserts médicaux. N'est-ce pas une manière de détricoter votre projet de loi ?

Il faut distinguer ce qui se passe au Sénat et ce que veut le gouvernement. Cette position d'une commission du Sénat, défenseur des collectivités territoriales, m'a surprise. Un équilibre avait été trouvé à l'Assemblée nationale sur cette question. Je souhaite réintroduire le dispositif, lors du débat au Sénat.


La droite n'est-elle pas trop sensible au lobbying des médecins, ce qui l'empêche de réformer réellement le système de soins ?


C'est absurde. Il y aura bien une réforme Bachelot sur l'hôpital. Son pivot sera la création des agences régionales de santé, qui coordonneront enfin la médecine de ville et l'hôpital. Je n'ai jamais pensé qu'on pouvait faire une politique de santé sans les médecins, mais je ne crois pas que l'immobilisme soit la solution. Toutes les organisations représentatives de médecins ne sont pas contre ma réforme, loin de là. Il ne faut pas faire de strabisme sur certaines d'entre elles.


La crise ne vous incite-t-elle pas à alléger le calendrier des réformes, dans un secteur aussi sensible que la santé ? Comment allez-vous juguler le déficit de l'assurance-maladie, qui va exploser ?


Sur l'assurance-maladie, nous avons tenu nos objectifs de maîtrise des dépenses. Cela mérite d'être souligné. Ce sont les recettes qui posent problème. Il faut voir comment on maîtrisera le système en sortie de crise mais, à ce stade, pas question d'augmenter les prélèvements obligatoires.

Source LeMonde.fr

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