Fraude électorale au commissariat de Carcassonne

Publié le par Le Veilleur

Le maire de Carcassonne, Gérard Larrat, a été réélu de justesse en mars 2008. Des policiers sont soupçonnés d'avoir établi des procurations qui lui auraient profité.


Des policiers ont-ils facilité la réélection du maire de Carcassonne? De nouvelles pièces alimentent ce soupçon de fraude, alors que Gérard Larrat (UMP) n'a été reconduit qu'avec 56 voix d'avance. L'IGPN, la police des polices, a terminé son enquête interne: elle révèle que plusieurs fonctionnaires du commissariat de la cité audoise ont commis des irrégularités dans l'établissement des procurations entre les deux tours des municipales de mars 2008. Des policiers auraient agi de façon intentionnelle, d'autres seulement par imprudence. L'IGPN propose des sanctions administratives et judiciaires.


Certains services du commissariat sont aussi dans le collimateur du vaincu, le socialiste Jean-Claude Perez, qui a déposé deux plaintes, instruites au tribunal de grande instance d'Aix-en-Provence. Ce député a été intrigué par le nombre "particulièrement élevé" de nouvelles procurations établies au commissariat pour le second tour: 347 entre le 9 et le 15 mars 2008.


Des procurations ont été enregistrées en l'absence des électeurs


"Une moyenne de 49 par jour, alors que, pendant la même période, aucune n'a été délivrée par le tribunal d'instance", s'étonne le plaignant. 92 l'ont été pour des raisons de santé, mais seulement 29 disposent d'un justificatif. Sur d'autres imprimés, les horaires d'enregistrement manquent. Au total, le député estime à près de 80 le nombre de procurations irrégulières.


Les policiers habilités à délivrer les documents ont, semble-t-il, été débordés par l'afflux des demandes. Mais il y a plus grave: des procurations ont été enregistrées en l'absence des électeurs et à leur insu. Une dizaine de plaintes ont été déposées pour faux. Comme cette dame, surprise d'apprendre qu'un électeur avait voté pour elle, en vertu d'une procuration signée le 12 mars 2008. A cette date, elle était en voyage au Maroc...


Le propre fils du maire a voté par procuration pour un militaire, qui était dans son régiment, en Martinique, le jour où il était censé être au commissariat pour parapher ce document. Smina B. a découvert qu'elle se serait déplacée, le 14 mars 2008, au poste de police, pour y signer la procuration numéro 1268, désignant Gérard Larrat, lui-même, comme mandataire devant voter à sa place. Mais ce dernier ne l'a pas utilisée.


Le tribunal administratif n'a invalidé que 16 votes


L'entourage du maire est inquiété: le chauffeur de Larrat a été mis en examen. Au cours de l'instruction, l'une de ses proches a reconnu avoir rédigé 19 procurations. Elle a rempli des formulaires vierges, sur lesquels un petit mot indiquait les coordonnées du mandant et le nom d'un mandataire, partisan de Larrat. "Pour moi, il ne s'agissait que de faciliter des formalités administratives", s'est-elle justifiée.


Tandis que Jean-Claude Perez dénonce un "système organisé", Gérard Larrat crie à la "machination". Il a déposé plainte en ce sens contre son rival et relancé trois autres procédures, malgré leur classement sans suite par le procureur de la République de Carcassonne, pour "recel de documents administratifs", "détournement de fonds publics" et "achat de vote".


Le maire rappelle que le tribunal administratif (TA) de Montpellier a validé son élection le 23 septembre 2008 - il lui a toutefois retiré 16 voix. "Tous les moyens invoqués par mon adversaire ont été rejetés par le tribunal. Celui-ci a demandé la communication de toutes les procurations du second tour, qu'il a étudiées pendant deux mois sans y trouver à redire", tempête l'édile. Ce jugement du TA fait l'objet d'un recours, qui doit être prochainement examiné par le Conseil d'Etat. Parallèlement, l'enquête judiciaire se poursuit.

Source L'Express.fr

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