Rachida Dati a d'autre priorite semble t-il...

Publié le par Le Veilleur

La colère des surveillants de prison monte depuis près d'un an. Lundi 4 mai, les trois syndicats pénitentiaires (CGT, FO, Ufap) ont entamé un blocage progressif des prisons françaises. Prévu jusqu'au 7 mai, ce mouvement traduit un climat d'exaspération. Les syndicats entendent notamment empêcher les sorties des prisonniers devant être transférés pour assister à leurs procès.

C'est le premier mouvement de blocage depuis octobre 2000. A Fresnes (Val-de-Marne), les surveillants ont cependant laissé passer les protagonistes du "gang des barbares" pour l'audience du jour. Des barricades ont été montées avec des palettes et des pneus. A Fleury-Mérogis (Essonne), les gendarmes mobiles sont intervenus avec du gaz lacrymogène sur une barricade.


À côté des détenus, qu'elle a pour mission de "garder" et de "réinsérer", la profession est confrontée elle aussi aux conséquences de la surpopulation carcérale (63 351 prisonniers pour 52 741 places au 1er avril) et à la gestion d'un nombre croissant de malades psychiatriques.


"Le personnel est au bord de l'asphyxie, il est temps de mettre le feu aux poudres
, souligne Vincent Guichard, surveillant (FO) à Fresnes. Le malaise des prisons, on le retrouve aussi bien chez le personnel que dans la population pénale. Il se fait ressentir jusqu'au drame que nous avons connu à Fresnes avec le suicide d'un surveillant."

"Depuis le début de l'année, il y a eu quarante agressions de personnels à Fleury. J'ai été poursuivie par un détenu qui s'était fabriqué une lame, témoigne Anne Menguy, surveillante (UFAP) à Fleury-Mérogis. La base est en colère. Nous n'avons aucun soutien, on nous accuse sans arrêt. On nous presse comme des citrons. On doit gérer la surpopulation, les bagarres entre détenus, les cas psychiatriques, sans avoir été formés".


Le mouvement n'a pas pris le gouvernement par surprise. Dans un univers où la division syndicale est le plus souvent la règle, les trois organisations agissent dans une unité qui ne s'est pas démentie depuis le 1er octobre 2008. Elle est venue de la base, au moment où le nombre de prisonniers a atteint son apogée depuis 1946 : plus de 64 250 détenus au 1er juillet.


Si les budgets 2008 et 2009 prévoient le recrutement de plus de 1 000 surveillants, ils sont absorbés par la création des nouveaux établissements. Dans les prisons existantes, la situation s'est dégradée. De plus, les effectifs des surveillants sont calculés en fonction du nombre de places théoriques, alors que l'on compte plus de 13 000 détenus en surnombre.

Après un premier appel au blocage en novembre, la garde des sceaux Rachida Dati avait lancé des groupes de travail qui ont fait provisoirement retomber la pression.


Dans le même temps, les relations entre les syndicats et la direction de l'administration pénitentiaire se sont tendues, au point de rompre, fin mars. Les réunions paritaires sont boycottées. Le départ prévu de la ministre, de plus en plus détachée de la chancellerie, complique la gestion du conflit. Il a fallu attendre le 30 avril pour que Mme Dati rencontre les syndicats, alors que le mouvement était déjà en train de s'organiser dans les prisons. Les surveillants ont claqué la porte de la réunion. Dans l'après-midi, la ministre de la justice, dans un ultime effort pour éviter le conflit, a cédé sur presque toutes leurs revendications : retrait d'une circulaire contestée du 8 avril, qui organisait une surveillance spéciale, dans le cadre de la prévention du suicide ; suppression des instructions passées pour mieux contrôler les agents en arrêt maladie ; et surtout, "moratoire" sur le rythme d'application des règles pénitentiaires européennes (RPE), qui tendent à mieux respecter les droits des détenus et à clarifier les procédures suivies par les personnels.


Ces règles étaient pourtant présentées comme le fer de lance de la politique carcérale de la ministre, de l'administration pénitentiaire... et de la loi pénitentiaire, encalminée au Parlement.
 

"Retarder l'application des règles pénitentiaires européennes est dramatique. Cela est décidé sans concertation", s'indigne Michel Beuzon, responsable du syndicat FO des directeurs de prison. "Nous ne sommes pas contre les RPE, mais contre le fait que leur application se fasse sans moyen", explique le secrétaire général de l'Ufap, Jean-François Forget. La chancellerie a proposé une nouvelle rencontre, mardi 5 mai. La base reste sceptique sur les promesses de la ministre : "Elle donne l'impression de lâcher du lest. Mais on n'y croit pas trop. C'est facile de faire des promesses quand on est sur le départ", explique Vincent Guichard de FO. Lundi, Mme Dati était en voyage officiel en Jordanie.

Source LeMonde.fr

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