Francois Bayrou : "Abus de pouvoir" le livre.

Publié le par Le Veilleur

Abus de pouvoir. Le titre du livre de François Bayrou qui sort en librairie jeudi 30 avril (Plon, 262 p., 18,90 euros) n'a rien d'un cadeau d'anniversaire. C'est un acte de résistance. Une déclaration de guerre à celui qui occupe depuis deux ans la fonction présidentielle. A 57 ans, l'ancien centriste, converti à l'"humanisme radical", "plante le pilotis de la résistance nécessaire". Il se positionne comme le premier opposant à Nicolas Sarkozy.

Les Français voteront le 7 juin pour les élections européennes, mais lui est déjà entré dans le prochain combat. Le vrai, la présidentielle de 2012. Le quinquennat a raccourci le temps. Surtout ne pas en perdre ! Déjà, de nouveaux résistants pointent le nez : Dominique de Villepin, Jean-François Copé, peut-être même Alain Juppé qui, un jour, semble postuler pour un poste de ministre mais, le lendemain, revendique sa liberté de pensée. A gauche, n'en jetez plus, la cour est pleine.


Alors François Bayrou fonce. A trois ans de l'échéance, il préempte la place de premier opposant. Non sans panache, car il faut un certain courage pour s'en prendre au système. Implacable, il instruit le procès du régime, comme naguère François Mitterrand avait instruit, dans son Coup d'Etat permanent, celui du général de Gaulle. Plume alerte, pétrie de citations latines et de références parfois bibliques, Abus de pouvoir ne se veut pas seulement une leçon d'écriture et d'érudition à l'intention d'un président qui, trop souvent, écorne les belles lettres.


C'est aussi et surtout un réquisitoire, avec ce qu'il faut de systématisme et de mauvaise foi pour en faire une arme de combat. Alors que Nicolas Sarkozy réussit encore à étourdir ses adversaires par sa mobilité physique et idéologique - un coup à droite et tout de suite après une ode à l'ouverture ; la défense acharnée du bouclier fiscal et en même temps la promesse de "refonder le capitalisme", François Bayrou fige le sarkozysme dans "sa scène primale" : celle du Fouquet's, ce grand restaurant parisien où, à peine élu, M. Sarkozy remercie ceux qui l'ont accompagné dans sa prise du pouvoir.


"Ce soir, ils s'installent. Dans la République, enfin chez eux. Ce que leur avaient obstinément refusé les précédents présidents, enfin on le leur livrait... Ils étaient les maîtres de l'argent, ils deviennent les maîtres du pays... le CAC 40, le show-biz, les groupes de médias... l'industrie, la banque, le luxe, les multimilliardaires, la première fortune de France, la première fortune de Belgique, la première fortune du Québec, les acteurs vedettes, des patrons de journaux, les propriétaires de télés. Tous intimes du nouveau pouvoir"
, écrit le président du MoDem.


Tout le procès du sarkozysme est là : dans cette collusion entre le président de la République et cette partie de l'élite française qui veut faire de l'argent, admire le modèle anglo-saxon et souhaite en finir avec l'exception française. Un nom pour symboliser l'entreprise ? Alain Minc, essayiste et conseiller occulte du chef de l'Etat, que François Bayrou étrille. A partir de là, tout se tient : "les connivences", "les réseaux", "l'information confisquée", "les préfets aux ordres" et le peuple cocufié. Car, "si les Français ont choisi ce candidat, ils n'ont pas choisi ce modèle". Il y a "abus de position dominante", clame François Bayrou.


Evidemment, le procès serait plus convaincant, si l'on était encore sous l'ère Bush, si la crise financière, économique, sociale n'était pas passée par là, si l'argent était toujours aussi flamboyant, si la régulation n'était pas en train de s'imposer comme le nec plus ultra de la pensée élyséenne. Il serait plus convaincant si François Bayrou avait pris la peine de s'interroger sur le lien particulier que Nicolas Sarkozy continue, malgré tout, d'entretenir avec le peuple, s'il avait concédé dans son réquisitoire un peu de vérité sur les faiblesses du modèle français.


Mais le pamphlet n'a jamais été une arme nuancée. Celui-là permet au président du MoDem de ratisser large : chez les nostalgiques de l'exception française, les orphelins du chiraquisme, les déçus du sarkozysme, et les opposants au sarkozysme.

Quand on finit la lecture de l'ouvrage, on se demande pourquoi il ne s'est pas trouvé une seule plume au PS pour oser pareil réquisitoire. La gauche débordée par sa droite : c'est le pari de François Bayrou comme cela avait été celui de François Mitterrand qui, venu des rangs de la droite, avait réussi son OPA sur la vieille SFIO.


"C'est cristallisé. En 2012, il y aura trois candidats éligibles : Nicolas Sarkozy, le candidat PS et moi"
, répète le président du MoDem à ses proches. A ses yeux, pas d'autres concurrents à craindre sur le flanc droit - "relisez le livre de la jungle, le loup vivant empêche toute relève". Quant à la gauche "le PS a perdu sa sève. Il n'offre plus rien à croire". Alors François Bayrou fonce. Sans élus derrière lui, mais avec l'intime conviction que la Ve République sait offrir aux ambitions bien construites le tremplin dont elles rêvent.


Source LeMonde.fr
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