Daniel Bouton, ce patron que Sarkozy n'aime pas...

Publié le par Le Veilleur

La Société générale et son emblématique président, Daniel Bouton, ont permis à Sarkozy de prendre ses distances avec ces dirigeants "qui n'ont rien compris".

En août 2007, c'est en héros que les patrons avaient accueilli le nouveau président de la République, lors de la traditionnelle université d'été du Medef. Mais la lune de miel est bel et bien finie. La crise est passée par là, qui a tracé de nouvelles lignes de démarcation.


« Le capitalisme, ce n'est pas la primauté donnée au spéculateur, a insisté le chef de l'Etat lors de son discours de Toulon, le 25 septembre 2008. C'est la primauté donnée à l'entrepreneur, la récompense du travail, de l'effort, de l'initiative. » Il faut sauver le petit patron étouffé par les charges, et le créateur d'entreprise sevré de crédit. Haro, en revanche, sur le capitalisme financier, ses traders gavés de bonus et ses banquiers gorgés de stock-options ! Ou sur ces indécents parachutes dorés - dernière polémique en date, celui de l'ex-PDG de Valeo.


Pour incarner son propos, le chef de l'Etat a trouvé un thème de prédilection : la
rémunération des dirigeants, source inépuisable d'indignation pour les Français. Et une cible de choix : Daniel Bouton, l'emblématique président de la Société générale. Entre les deux hommes, le courant n'est jamais bien passé : le banquier incarne jusqu'à la caricature cette morgue des élites à la française qui horripile Nicolas Sarkozy. Il n'a plus ses entrées à l'Elysée, le président préférant consulter son rival de BNP Paribas, Michel Pébereau. Bouton, de son côté, supporte mal l'interventionnisme de l'hyperprésident, peu compatible avec son libéralisme intransigeant.


Le conflit a pris corps lors de l'affaire Kerviel : Sarkozy a peu apprécié de ne pas être informé de la fraude qui a finalement coûté près de 4,9 milliards d'euros à la banque. Il avait même vainement appelé Bouton à la démission, ce dernier laissant tout de même la première place à son dauphin, Frédéric Oudéa. « En braquant le conseil d'administration, Sarkozy avait paradoxalement aidé Bouton à garder sa place », juge même un bon connaisseur de la banque.


Sa priorité : montrer qu'il aide les banques et non les banquiers

Après l'affaire des bonus, l'annonce, la veille de la manifestation du 19 mars, d'un vaste plan de stock-options a sonné comme une provocation. Le président n'a pas lésiné sur les moyens pour faire reculer la banque : après avoir lui-même parlé de « scandale », il a envoyé au front ses ministres et l'UMP.


Il a obtenu gain de cause. Une manière pour lui de prouver au Medef que ses exigences en matière de rémunération des dirigeants - pas de bonus pour ceux qui licencient en masse ou reçoivent des aides de l'Etat - ne sont pas de vains mots. En octobre 2008,
le Medef et l'Afep (Association française des entreprises privées) prenaient, sous la pression, des engagements par le biais d'un code de bonne conduite. Certains patrons ne l'ont pas respecté, provoquant la colère élyséenne.


Face à l'aveu d'impuissance de Laurence Parisot, présidente du Medef, Nicolas Sarkozy a donc de nouveau menacé : il sera prêt à légiférer si ses demandes ne sont pas satisfaites d'ici au 31 mars. Même si Parisot a finalement accepté de faire de nouvelles propositions, le monde de l'entreprise n'échappera sans doute pas à une législation sur les stock-options, les bonus ou les actions gratuites. Reste à trouver un dispositif efficace, sans être pénalisant à l'excès.


Nicolas Sarkozy sait que ce sentiment que l'argent coule à flots pour les banques et les entreprises, mais pas pour le commun des mortels, est son ennemi le plus dangereux. Sa priorité : montrer qu'il aide les banques et non les banquiers, les entreprises et non les patrons. Cette fois - juste retour des choses - c'est la Société générale et son président qui sont venus à son secours...


Source l'Express.fr

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